Natalité : le grand effondrement.

L’Insee vient de publier son bilan démographique 2025 de la France. Aussi passionnant qu’inquiétant. Le constat est simple, glacial : la natalité s’effondre en France. Elle s’effondre avec une vitesse que personne n’avait anticipé. 645 000 naissances, 651 000 décès l’an dernier. Le pays bascule pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale avec un solde négatif. Le plus vertigineux dans cette histoire apparaît quand on prend un peu de recul. Il y a 10 ans, le solde naissances / décès était positif de 250 000 bébés. En moins de 5 ans, le nombre de naissances a baissé de 100 000 bébés et de près de 200 000 en 10 ans.

Le taux de fécondité poursuit sa baisse : après 1,61 en 2024, il s’établit à 1,56 enfant par femme en 2025. C’est le niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre mondiale. En 2010, il s’élevait à 2,02 enfants par femme en France métropolitaine. En 2025, l’âge conjoncturel moyen à l’accouchement poursuit sa hausse tendancielle et s’élève à 31,2 ans pour les femmes (34,1 ans pour l’âge moyen à la naissance des enfants pour les hommes), contre 29,6 ans en 2005 (32,6 ans pour les hommes).

Les raisons de cette dénatalité sont multiples et il serait hasardeux d’en identifier une principale.

On peut citer une moindre envie d’avoir des enfants chez les jeunes qui voient l’avenir avec plus de pessimisme que les générations précédentes. A ce titre, l’éco-anxiété figure en bonne place dans les motifs d’inquiétude chez les jeunes. Une étude menée par le Laboratoire dynamiques sociales et recomposition des espaces (Ladyss, UMR7533, CNRS / Université Paris Nanterre / Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis / Université Paris Cité / Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne) met en évidence ce phénomène.

L’envolée des prix de l’immobilier et la difficulté pour bien se loger dans les grandes métropoles sont des problèmes graves pour notre jeunesse. Le besoin de m2 supplémentaires qu’engendre la naissance d’un enfant décourage bien souvent les jeunes couples face au côté insurmontable de la chose. Je n’entre pas dans le détail qui rende le logement presque inaccessible pour les jeunes car je sera trop long et ce n’est pas le sujet de ce texte mais, pour faire simple, nos choix politiques depuis 15 ans en la matière sont désastreux et en grandes parties à l’origine de ce grave problème.

Un autre élément purement sociétal vient impacter négativement la natalité dans notre pays : les Français vivent de moins en moins en couple. C’est particulièrement vrai chez les jeunes. Toujours selon l’Insee, 25% des femmes et 14% des hommes de 20 à 24 ans vivent en couple, contre 54% des femmes et 32% des hommes en 1975. La tendance est baissière et rien n’indique qu’elle puisse s’inverser à court terme. Une étude passionnante réalisée par l’Institut national d’études démographiques (Ined) et dont les résultats ont été publiés en juin 2024 montre une profonde évolution dans les rapports intimes chez les moins de 30 ans. Évolution peu propice à la procréation.

Alors est-ce grave ? La réponse est sans ambiguïté : oui.

Oui car cet effondrement de la natalité est durable. Oui car il aura des conséquences économiques importantes. Il y a une corrélation claire et documentée entre la croissance économique et la croissance démographique. Un pays qui a plus de décès de que de naissances est condamné au déclin. Un lent déclin inexorable. La fin programmée de notre croissance démographique met clairement en danger notre modèle social avec la question de son financement qui va vite devenir insoutenable pour les actifs.

Dans un autre registre, il faut avoir en tête que les fermetures de classes vont inévitablement s’accélérer. 811 500 nouveaux élèves dans écoles en 2013, 677 800 en septembre dernier. Mais les effets de l’accélération de la baisse des naissances constatée en 2025 se feront sentir en maternelle en 2028. Puis ce sera au tour des collèges d’en subir les effets dans une dizaine d’années, puis les lycées…

Les risques que fait courir cette dénatalité accélérée sont vertigineux.

Pour finir, j’éprouve un double sentiment face à cette situation. D’abord un sentiment d’incompréhension quand je vois notre passivité collective face à ce déclin. Ensuite, un sentiment d’agacement car les choix politiques et budgétaires faits dans notre pays depuis plusieurs années sont clairs : on sacrifie notre jeunesse sur l’autel de nos seniors. Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, ne dit pas autre chose : « Nous faisons systématiquement le choix des seniors plutôt que des jeunes dans le débat budgétaire. » Il a raison et c’est inacceptable. Il est temps de se ressaisir. Faisons de notre jeunesse une priorité nationale.

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