{"id":2016,"date":"2019-05-01T22:23:25","date_gmt":"2019-05-01T21:23:25","guid":{"rendered":"http:\/\/flavienneuvy.fr\/?p=2016"},"modified":"2019-05-01T22:25:55","modified_gmt":"2019-05-01T21:25:55","slug":"dette","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/2019\/05\/01\/dette\/","title":{"rendered":"Dette : taux d\u2019int\u00e9r\u00eat nominal moyen sur la dette publique en de\u00e7\u00e0 du taux de croissance nominale, quelles cons\u00e9quences ?"},"content":{"rendered":"<p>Olivier Blanchard, ancien chef \u00e9conomiste du FMI de 2008 \u00e0 2015, vient de prendre publiquement la parole pour expliquer que pour r\u00e9gler les \u00ab\u00a0probl\u00e8mes les plus criants d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb, la France pourrait s&rsquo;endetter (1% du PIB soit un peu plus de 20 milliards d&rsquo;euros) sans que cela\u00a0 pose de probl\u00e8me particulier. Voici son tweet publi\u00e9 il y a quelques jours. <img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-2017 aligncenter\" src=\"http:\/\/flavienneuvy.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Blanchard-300x172.jpg\" alt=\"\" width=\"340\" height=\"195\" srcset=\"https:\/\/flavienneuvy.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Blanchard-300x172.jpg 300w, https:\/\/flavienneuvy.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/04\/Blanchard.jpg 753w\" sizes=\"(max-width: 340px) 100vw, 340px\" \/><\/p>\n<p>Olivier Blanchard a \u00e9galement prononc\u00e9 un discours devant l\u2019American Economic Association en janvier dernier intitul\u00e9 <em>Public debt and low interest rates. <\/em>Voici l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de son propos (en Anglais).<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/vmNnJh6Ox4w\" width=\"560\" height=\"315\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p>Le sujet de la dette est tr\u00e8s int\u00e9ressant et le d\u00e9bat entre \u00e9conomistes sur ce sujet est intense. Tout le monde le sait, notre pays est tr\u00e8s endett\u00e9. Depuis 40 ans, le montant de notre dette publique ce cesse de cro\u00eetre. Sur ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, l&rsquo;augmentation de notre dette s&rsquo;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. En 2008, la dette (au sens de Maastricht) \u00e9tait de 1358 milliards d&rsquo;euros, elle \u00e9tait \u00e0 fin 2018 d&rsquo;environ 2300 milliards (pr\u00e8s de 100% du PIB). + 1000 milliards en 10 ans.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, on peut s&rsquo;interroger sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;activer encore plus le levier de l&rsquo;endettement telle que l&rsquo;\u00e9voque Olivier Blanchard.<\/p>\n<p>Est-ce possible ? Est-ce utile ? Est-ce raisonnable ? Voil\u00e0 les trois questions auxquelles je vais essayer de r\u00e9pondre. Les questions sont class\u00e9es par ordre de difficult\u00e9. De la plus facile, \u00e0 la plus difficile.<\/p>\n<p><strong>Est-ce possible ?<\/strong><\/p>\n<p>Techniquement oui. Cela ne poserait aucun probl\u00e8me \u00e0 la France de lever 20 milliards d&rsquo;euros sur les march\u00e9s. Malgr\u00e9 son lourd endettement, la France reste bien not\u00e9e. Elle se refinance aujourd&rsquo;hui \u00e0 des taux n\u00e9gatifs sur des maturit\u00e9s courtes. L&rsquo;Agence France Tr\u00e9sor vient de lever\u00a0 2,884 milliards d&rsquo;euros dont, par exemple, 1,243 milliard \u00e0 un an \u00e0 un taux de -0,535%. La France emprunte \u00e0 des taux n\u00e9gatifs depuis 2014. D\u00e9but avril, le Tr\u00e9sor fran\u00e7ais avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 pr\u00e8s de 40% du programme d&#8217;emprunt pour l&rsquo;ensemble de l&rsquo;ann\u00e9e 2019, sans aucune difficult\u00e9. La France n&rsquo;est pas le seul pays \u00e0 emprunter \u00e0 des taux n\u00e9gatifs. Le stock de dette mondiale portant des taux n\u00e9gatifs est estim\u00e9 \u00e0 plus de 9000 milliards de dollars&#8230;C&rsquo;est \u00e9videmment le r\u00e9sultat des politiques mon\u00e9taires ultra accommodantes conduites par les Banques centrales. <strong>Donc, pour r\u00e9pondre \u00e0 cette premi\u00e8re question : oui, il serait tr\u00e8s facile pour le France d&#8217;emprunter 20 milliards d&rsquo;euros en plus des 200 pr\u00e9vus en 2019<\/strong>. Elle le ferait dans de tr\u00e8s bonnes conditions car la dette fran\u00e7aise reste recherch\u00e9e par les investisseurs.<\/p>\n<p><strong>Est-ce utile ?<\/strong><\/p>\n<p>Cette question est d\u00e9j\u00e0 plus compliqu\u00e9e que la pr\u00e9c\u00e9dente mais la r\u00e9ponse est : \u00e7a d\u00e9pend. De quoi ? De ce que l&rsquo;on va faire avec l&rsquo;argent lev\u00e9 bien s\u00fbr. Si cet argent sert \u00e0 augmenter nos d\u00e9penses publiques avec la m\u00eame logique que ces 40 derni\u00e8res ann\u00e9es, alors il ne faut pas le faire. Si la d\u00e9pense publique \u00e9tait une source de prosp\u00e9rit\u00e9 et permettait de faire dispara\u00eetre la grande pauvret\u00e9, nous serions le pays le plus prosp\u00e8re du monde et nous n&rsquo;aurions pas pr\u00e8s de 9 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvret\u00e9. Nos d\u00e9penses publiques ramen\u00e9es au PIB sont parmi les plus \u00e9lev\u00e9es au monde. Par contre, si ces 20 milliards servent \u00e0 lancer un ou plusieurs projets d&rsquo;avenir (dans l&rsquo;IA par exemple), et\/ou si cet argent sert \u00e0 conduire une ou des politiques publiques tr\u00e8s cibl\u00e9es (ne plus accepter qu&rsquo;en 2019 des gens dorment et meurent dans la rue par exemple), alors oui cela peut avoir du sens.<\/p>\n<p><strong>Est-ce raisonnable ?<\/strong><\/p>\n<p>La question la plus difficile. Derri\u00e8re cette question, se pose celle de la soutenabilit\u00e9 de notre dette \u00e0 moyen\/long terme. Je rappelle d&rsquo;abord qu&rsquo;un \u00c9tat ne rembourse pas sa dette mais la refinance. Ce qui compte c&rsquo;est le service de la dette c&rsquo;est \u00e0 dire la part du budget de l\u2019\u00c9tat qui est consacr\u00e9e au paiement des int\u00e9r\u00eats. Or, aussi paradoxal que cela puisse para\u00eetre,<strong> les int\u00e9r\u00eats pay\u00e9s par la France sont en forte baisse malgr\u00e9 une forte hausse de notre endettement<\/strong>. Ainsi, en 2011, l\u2019\u00c9tat a consacr\u00e9 plus de 55 milliards \u00e0 ce poste budg\u00e9taire contre un peu plus de 41 milliards en 2019 (PLF). Ramen\u00e9 au PIB, c&rsquo;est encore plus spectaculaire puisque le service de la dette repr\u00e9sentait 3% du PIB en 2000 contre moins de 2% cette ann\u00e9e. C&rsquo;est bien s\u00fbr le r\u00e9sultat de la baisse spectaculaire des taux. A titre d&rsquo;exemple, l&rsquo;OAT 10 ans \u00e9tait \u00e0 environ 4% il y a 10 ans contre moins de 0,5% aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ajoute que tous les agents \u00e9conomiques ont profit\u00e9 de cette baisse des taux. Les m\u00e9nages bien s\u00fbr, qui en ont profit\u00e9 pour ren\u00e9gocier leur cr\u00e9dit immobilier mais aussi les collectivit\u00e9s territoriales qui empruntent \u00e0 de tr\u00e8s faibles taux. Les bailleurs sociaux ont \u00e9galement largement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de ces baisses des taux ce qui est tr\u00e8s impactant compte tenu des encours de cr\u00e9dits qui sont les leurs. Ce sont les effets positifs du programme d&rsquo;assouplissement quantitatif lanc\u00e9 par la BCE en 2015 et arr\u00eat\u00e9 fin 2018.\u00a0 Ce \u00ab\u00a0QE\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Quantitative Easing\u00a0\u00bb en anglais) a consist\u00e9 \u00e0 proc\u00e9der \u00e0 des achats de grande envergure d&rsquo;obligations, au d\u00e9but pour 80 milliards d&rsquo;euros par mois puis pour 60 milliards par mois \u00e0 partir de 2016. Ces milliers de milliards d&rsquo;euros de liquidit\u00e9s inject\u00e9s ont eu pour effet de faire baisser fortement les taux. Point int\u00e9ressant : l&rsquo;inflation est rest\u00e9e ma\u00eetris\u00e9e sur la p\u00e9riode contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on pouvait craindre. C&rsquo;est un vrai sujet d&rsquo;\u00e9tude mais j&rsquo;en parlerai dans un autre texte. Donc, malgr\u00e9 une dette de plus en plus lourde, la charge pay\u00e9e par l\u2019\u00c9tat est sur une tendance baissi\u00e8re. Bien s\u00fbr, le risque de taux est r\u00e9el. Si les taux devaient remonter, l&rsquo;impact sur les comptes publics serait \u00e0 la fois imm\u00e9diat et fort. On peut estimer qu&rsquo;une hausse de 1% des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat alourdirait les remboursements de l\u2019\u00c9tat de plus de 2 milliards l\u2019ann\u00e9e suivante, et de presque 20 milliards au bout de dix ans. On ne peut pas dire que le niveau d&rsquo;endettement d&rsquo;un pays n&rsquo;est pas un sujet.<\/p>\n<p>Revenons \u00e0 la proposition d&rsquo;Oliver Blanchard : augmenter les d\u00e9penses publiques de 1% du PIB. Une longue p\u00e9riode de d\u00e9tente<br \/>\nmon\u00e9taire (telle que nous la connaissons en ce moment) en phase ascendante du cycle peut engendrer un recul du taux d\u2019int\u00e9r\u00eat nominal moyen sur la dette publique (r) en de\u00e7\u00e0 du taux de croissance nominale (g). Olivier Blanchard a analys\u00e9 la marge de man\u0153uvre dont dispose un pays dont r est inf\u00e9rieur \u00e0 g. Ce pays peut alors se permettre un d\u00e9ficit primaire permanent (d\u00e9ficit public hors charges d\u2019int\u00e9r\u00eat) tout en affichant un ratio dette\/PIB stable. Mieux : lorsque r est inf\u00e9rieur \u00e0 g et que le d\u00e9ficit primaire se situe en de\u00e7\u00e0 du niveau \u00e0 partir duquel le ratio de la dette est stable, le ratio dette sur PIB baisse. Il est alors possible de mener une politique d\u2019expansion budg\u00e9taire susceptible de faire augmenter le solde primaire. Une telle politique est de nature \u00e0 tirer la croissance \u00e9conomique vers le haut gr\u00e2ce \u00e0 une demande priv\u00e9e boost\u00e9e : le multiplicateur budg\u00e9taire pourrait \u00eatre \u00e9lev\u00e9. Dans de nombreux pays r est inf\u00e9rieur \u00e0 g, ce qui, compte tenu de leur solde primaire actuel, leur offre une marge de man\u0153uvre (graphique). C\u2019est le cas de l\u2019Allemagne, tandis que la marge de man\u0153uvre du Royaume-Uni et de la France est limit\u00e9e. L\u2019Italie n\u2019en a aucune et aux USA le d\u00e9ficit primaire est d\u00e9j\u00e0 trop \u00e9lev\u00e9 pour stabiliser le ratio de la dette.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-2021 aligncenter\" src=\"http:\/\/flavienneuvy.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/FMI-232x300.jpg\" alt=\"\" width=\"304\" height=\"393\" srcset=\"https:\/\/flavienneuvy.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/FMI-232x300.jpg 232w, https:\/\/flavienneuvy.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/05\/FMI.jpg 447w\" sizes=\"(max-width: 304px) 100vw, 304px\" \/><\/p>\n<p>Pour conclure : lever 20 milliards d&rsquo;euros suppl\u00e9mentaires est possible compte tenu des conditions de refi actuelles. Toute la question serait de savoir que faire de ces 20 milliards. Pour que ce <em>one shot<\/em> ne soit pas un verre d&rsquo;eau que l&rsquo;on verse dans le sahara, il faudrait que les investissements soient m\u00fbrement r\u00e9fl\u00e9chis et les actions sociales tr\u00e8s cibl\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3 class=\"titre-figure titreGraphiqueImpression\"><\/h3>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Olivier Blanchard, ancien chef \u00e9conomiste du FMI de 2008 \u00e0 2015, vient de prendre publiquement la parole pour expliquer que pour r\u00e9gler les \u00ab\u00a0probl\u00e8mes les plus criants d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9\u00a0\u00bb, la France pourrait s&rsquo;endetter (1% du PIB soit un peu plus de 20 milliards d&rsquo;euros) sans que cela\u00a0 pose de probl\u00e8me particulier. Voici son tweet publi\u00e9 il&nbsp;<\/p>\n<p><a class=\"btn btn-style\" href=\"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/2019\/05\/01\/dette\/\">Continuer la lecture&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[3,1],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2016"}],"collection":[{"href":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2016"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2016\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2025,"href":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2016\/revisions\/2025"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2016"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2016"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/flavienneuvy.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2016"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}