Pétrole : sortir de la « Ormuz dépendance »
Les bombardements intensifs ont repris depuis plus d’une semaine au Moyen-Orient avec comme conséquence le blocage quasi total du détroit d’Ormuz.
Ce choc géopolitique est une incitation puissante à sortir de la « Ormuz dépendance » pour les États de la région du Golfe Persique et à sortir de la « pétrole dépendance » pour les consommateurs en Europe.
En réalité, la circulation des navires dans le détroit est très perturbée depuis le 28 février 2026, date à laquelle le conflit entre les USA et l’Iran a réellement repris. L’enjeu géopolitique est considérable. Il l’est d’autant plus que le blocage du détroit par lequel transite plus de 20% du pétrole mondial en temps normal (et 30% du pétrole transporté par voie maritime) a des conséquences économiques planétaires. Les prévisions les plus pessimistes anticipaient un prix du pétrole compris entre 150 et 200 dollars en cas de blocage de longue durée. L’Iran a d’ailleurs beaucoup misé sur une très forte hausse des prix de l’or noir pour faire reculer le président américain à quelques mois des élections de mi-mandat. On le sait, les prix à la pompe sont déterminants pour des Américains qui utilisent massivement leur voiture tout au long de l’année avec une pointe de consommation de carburant durant la période estivale.
Malgré la reprise très intensive du conflit armé depuis une dizaine de jours et malgré l’absence de perspective d’un cessez-le-feu à court terme, les prix du pétrole restent sous la barre des 100 dollars. Au plus haut de ces 4 derniers mois, le Brent a touché un pic à 126 dollars, là encore bien loin des 150 ou 200 dollars anticipés par certains bureaux d’études.
Il est très difficile de faire des prévisions concernant l’évolution de ces prix qui dépendent d’un conflit dont personne ne peut prédire la date de fin. Comment expliquer une relative sagesse des prix dans un tel contexte ?
Plusieurs éléments sont clairement identifiés et expliquent en partie pourquoi nous n’avons assisté à une hausse plus important des prix du baril de brut.
1/ La baisse de la demande.
Le meilleur exemple en la matière, c’est la Chine. Les importations chinoises de brut ont fortement reculé au début du conflit, passant d’une moyenne de plus de 11 millions de barils par jour (moyenne sur cinq ans) à environ 8 millions de barils par jour au plus fort de la baisse. Reuters indique que les importations de juin étaient environ 60 % inférieures à leur niveau d’avant-guerre. Cette baisse est due à plusieurs éléments :
– Une demande intérieure atone avec une croissance faible pour la Chine (4,6% attendus en 2026, prévisions recherche économique BNP Paribas).
– Un recours aux stocks stratégiques.
– Une électrification rapide du parc automobile.
A noter que les USA ont également puisé dans leurs réserves stratégiques. Au 17 juillet 2026, la Strategic Petroleum Reserve ne contenait plus que 311,4 millions de barils, son plus bas niveau depuis 1983 en baisse de plus de 100 millions de barils par rapport a début de l’année 2026. Au final, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que la guerre a provoqué un recul de la consommation mondiale de pétrole d’environ 1,1 million de barils par jour (Mb/j) en 2026.
2/ Contourner Ormuz.
Malgré le conflit, du pétrole sort tous les jours des pays du Golfe Persique. Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a récemment déclaré lors d’une interview accordée à la chaîne américaine ABC News que Washington continuerait d’assurer la fluidité du trafic dans le détroit « sans la coopération de l’Iran ». Selon ses affirmations un peu moins de 7 Mb/j transitent par la voie navigable, et environ 7 Mb/j supplémentaires transitent par les pipelines de dérivation. Ce chiffre de 14 Mb/j est peut-être un peu surévalué mais une chose est sûre : les pays exportateurs de pétrole dans la région ne veulent plus dépendre exclusivement du détroit. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite utilise l’oléoduc Est-Ouest vers le port de Yanbu (mer Rouge) pour une capacité d’environ 5 Mb/j et les Émirats arabes unis l’oléoduc dAbu Dhabi–Fujaïrah d’une capacité d’environ 1,8 Mb/j. Les EAU veulent augmenter la capacité de cet oléoduc pour le passer à 3Mb/j. L’Irak de son côté mise beaucoup sur l’oléoduc Kirkuk-Ceyhan en direction de la Turquie qui peut exporter jusqu’à 3 Mb/j. Cette infrastructure longue de près de 1000 kilomètres est sujette à de nombreux sabotages et à des désaccords politiques qui rendent son exploitation difficile.
Mais le constat est clair : il y aura bien un avant et un après guerre USA – IRAN avec un double impératif pour tous les pays exportateurs de pétrole du golfe Persique : réduire autant que possible leur « Ormuz dépendance » et diversifier leur économie.
3/ Accélérer l’électrification des usages.
De toute contrainte naît une opportunité. Cela se vérifie une nouvelle fois avec cette crise géopolitique. La hausse des prix du pétrole, donc des prix à la pompe, constitue une formidable opportunité pour réduire notre dépendance à l’or noir et pour accélérer l’électrification des usages. A ce titre, les chiffres sont spectaculaires. Au premier semestre 2026, les ventes de véhicules électriques à batterie en Europe ont dépassé 1,24 million d’unités, soit +33,7 % sur un an. En juin dernier, les voitures électriques représentaient environ 25,6 % des immatriculations dans 17 marchés européens et en France, la part de marché des électriques a atteint un niveau record proche de 30 % toujours en juin 2026. Réduire notre dépendance aux énergies fossiles est un élément très favorable pour notre balance commerciale (nous consommons environ 1,6 Mb/j) et constitue un enjeu majeur pour réduire nos émissions de carbone.