Le rebond économique en France sera puissant.

La crise sanitaire est toujours présente. Elle entrave nos vies depuis bientôt 1 an. En entravant nos vies et nos habitudes de consommation, elle a fait plongé notre économie. Le PIB a reculé de 8,3% en 2020 en première estimation. C’est un peu moins mauvais qu’anticipé mais c’est un plongeon historique. La vaccination a commencé et avec elle l’espoir de pouvoir retrouver une vie normale. Bien sûr, on a le sentiment que cela ne va pas assez vite. Mais le plus dur est fait : trouver des vaccins efficaces en un temps record. C’est un exploit scientifique extraordinaire. Les capacités de production des différents vaccins sont insuffisantes pour répondre instantanément à une demande qui se chiffre en milliards de doses. Mais ce n’est qu’une question de temps. D’ici la fin de l’été, on peut penser que la majorité de la population française sera vaccinée. Dès lors, nous pourrons reprendre progressivement une vie normale. C’est d’ailleurs ce qui pousse les Français à vouloir se faire vacciner : le rêve du monde d’après a laissé la place à l’envie pressante de retrouver sa vie d’avant.

Dès lors se pose la question de la reprise économique post Covid : quelle sera son ampleur ? Les économistes de la Banque de France misent sur un rebond du PIB de 5% pour 2021. De son côté, le FMI mise sur une hausse de 5,5%. Les économistes s’intéressent à ce que pourrait être l’économie de l’après Covid. Olivier Blanchard et Jean Tirole travaillent sur ce sujet et remettront le résultat de leur travail à Emmanuel Macron. Récemment, Chang Ma, John Rogers et Sili Zhou (2020) ont étudié les conséquences économiques de 6 crises sanitaires de ces 50 dernières années. Ils ont travaillé sur la grippe hongkongaise de 1968, le SRAS de 2003, la grippe H1N1 de 2009, le MERS-CoV de 2012, Ebola de 2014 et le Zika de 2016. Ce travail est très intéressant mais difficilement transposable au Covid19. En effet, les caractéristiques de cette pandémie sont atypiques et aucune des crises sanitaires précédentes n’est similaire à celle que nous vivons actuellement. Plusieurs facteurs sont divergents : ampleur de la pandémie (mondiale), durée de celle-ci (longue), réponses sanitaires (confinements), réponses budgétaires et monétaires (massives).

L’hypothèse que je formule est basée sur un scénario de sortie progressive de cette crise sanitaire à partir de cet été. Il est évident que si un nouveau variant du virus résistant aux vaccins devait apparaître au cours des prochaines semaines, le rebond économique attendu serait complètement remis en cause.

Quels sont les principaux éléments qui me laissent penser que le rebond économique sera puissant ?

  • Les mesures mises en place pour soutenir les entreprises, le fameux « quoi qu’il en coûte », ont permis de limiter la casse à ce jour. C’était nécessaire pour préserver autant que possible le tissu économique et social. L’idée de cette stratégie est simple et très efficace : gagner du temps face à la pandémie pour faire en sorte que les entreprises puissent tenir en attendant un retour à la normale sur le plan économique. Les PGE, les aides diverses et variées apportées aux entreprises, le chômage partiel sont des exemples concrets de cette politique volontariste qui a porté ses fruits jusqu’à présent.
  • Toujours sur le plan budgétaire, un plan de relance a été mis en place : « France Relance » de 100 milliards d’euros est déployé par le gouvernement autour de 3 volets principaux : l’écologie, la compétitivité des entreprises, et la cohésion pour garantir la solidarité entre les générations, entre les territoires, et entre tous les Français. A noter que 40 milliards d’euros du plan seront financés par l’Union européenne. Ce plan de relance fera effet de levier.
  • Sur le plan monétaire, la réponse de la BCE a également été à la hauteur. Dès mars dernier, la banque centrale a lancé le « pandemic emergency purchase programme » (PEPP) avec une première enveloppe de 750 milliards d’euros complétée par la suite par 600 milliards en juin puis 500 milliards en décembre. En clair, elle a fait tourner la planche à billets (sans impact réel sur l’inflation pour le moment) et a ainsi maintenu les taux à des niveaux historiquement bas.
  • Plus de 200 milliards d’euros d’épargne sont disponibles. Avec les confinements, les Français ont épargné, beaucoup épargné. La Banque de France estime à 130 milliards d’euros l’épargne constituée par les Français en 2020. A cette somme considérable, s’ajouteront 70 milliards en 2021. Au total, c’est bien la somme faramineuse de 200 milliards d’euros qui est prête à être dépensée quand la crise sanitaire ne sera qu’un mauvais souvenir. Cette épargne « forcée » s’est constituée faute de pouvoir consommer normalement. Elle s’est plutôt concentrée sur les hauts revenus et, à l’inverse, les premiers déciles de revenus ont beaucoup souffert financièrement de la crise. Il n’en reste pas moins qu’une partie cet argent (l’autre partie sera conservée en épargne de précaution) va être injecté dans l’économie et va alimenter le moteur numéro 1 de notre croissance : la consommation des ménages.
  • Enfin, un dernier me semble important et concerne l’aspect psychologique de cette crise : nous sommes collectivement épuisés. Nous avons envie de revivre tout simplement. Jean-Marc Vittori vient d’évoquer dans un article publié par les Echos « l’espoir fou des années folles » dans l’après Covid. Je partage cet espoir. Demain, dans le monde de l’après Covid, aller boire un café à une terrasse de restaurant n’aura plus la même saveur. Retourner au cinéma aura un goût particulier. Aller au théâtre sera un moment de fête plus intense qu’avant. Voyager, danser, aller au restaurant, voir ses amis, faire des repas en famille seront des moments que nous apprécierons à leur juste valeur car nous en avons été privés. La maladie nous en a privé mais elle nous aura au moins rendu ce service : elle aura remis à juste valeur ces moments de vie que nous n’imaginions pas aussi importants pour nous tous. Nous aurons aussi envie de rattraper une partie du temps perdu.

Pour conclure : tous les ingrédients d’un rebond puissant de notre économie sont réunis. Les politiques budgétaires et monétaires ont été à la hauteur. L’épargne accumulée durant cette crise constitue un levier immédiatement disponible pour faire repartir la consommation. Enfin, notre envie de vivre s’en retrouve décuplée. Si un retour progressif à la normale s’opère à partir de cet été, la croissance devrait être supérieure aux 5% anticipés jusqu’à présent et 2022 sera une excellente année.