L’inflation, le retour.

L’inflation fait de nouveau parler d’elle. Elle est de retour. Un retour certes progressif et modéré mais un retour qui intervient après plusieurs années de quasi stabilité. Sur ces 30 dernières années en France, celle-ci n’a dépassé les +2,5% qu’à une reprise, en 2008 (+2,8%) et s’établit en moyenne annuelle à +1,4% sur les deux dernières décennies et même à 1% sur la période 2013 – 2019.

Quelle inflation en ce moment ?

En France, l’IPCH (indice des prix à la consommation harmonisé) sur un an s’élève en avril à +1,7% contre +1,4% en mars et surtout +0,4% en avril 2020. Cette tendance à la hausse s’observe un peu partout dans le monde : en zone euro, en Chine mais aussi aux USA (+2,6% sur un an en mars).

D’une façon générale, ces hausses s’expliquent en partie par des facteurs relativement volatils comme les prix du pétrole. A titre d’exemple, en zone euro en mars, la composante « énergie » dans l’IPCH a bondi en glissement annuel de 4,3% après avoir baissé sans interruption depuis févier 2020. Notons quand même que les effets de la hausse des prix du pétrole ont été compensés par la la dépréciation de l’euro vis-à-vis du dollar et par une diminution du poids relatif du pétrole dans l’IPCH total. La hausse des prix du pétrole s’explique assez facilement. D’un côté il y a un rebond de la demande mondiale de brut. L’Agence Internationale de l’Energie vient de revoir à la hausse ses prévisions avec une demande qui devrait atteindre les 96,7 millions de barils/jour. Mais surtout, les opérateurs anticipent une forte reprise de l’économie avec des perspectives de sortie de cirse sanitaire qui semblent se confirmer au fur et à mesure que la vaccination progresse dans le monde. Je n’exclus pas une remontée des prix du brut de la mer du Nord autour des 80 dollars d’ici la fin de l’année (contre 67$ aujourd’hui).

Quelles perspectives ?

A court terme il semble acquis que la hausse va se poursuivre des deux côtés de l’atlantique. D’abord parce-que les effets de base liés aux prix de l’énergie vont tirer à la hausse l’IPCH et ensuite parce-que le rebond économique sera fort d’ici la fin de l’année. Cette reprise d’activité va contribuer à la poursuite de la hausse des prix des biens primaires industriels (comme les semi-conducteurs par exemple) mais elle pourrait aussi compliquer un retour progressif à la normale sur les chaînes mondiales d’approvisionnement qui sont actuellement perturbées. L’occasion pour moi de rappeler que la fluidité et l’efficacité des échanges commerciaux dans le monde, sont des éléments fondamentaux dans la constitution et la maîtrise des prix. C’est une des vertus de la mondialisation dont personne ne parle jamais. D’ici fin 2021, l’inflation pourrait toucher les 2% en zone qui reste, rappelons-le, l’objectif « cible » de la BCE.

A plus long terme, les choses sont moins évidentes. L’évolution des prix dépendra d’une multitude d’éléments et cela reste difficile de les anticiper. Le niveau de la croissance économique en 2022 et 2023 sera évidemment déterminant. On ne peut pas écarter à ce stade une reprise économique plus forte et plus durable qu’anticipée. J’avais évoqué cette possibilité dans un post précédent. Un autre élément est à prendre en compte : les effets « de second tour ». Il s’agit de savoir si cette hausse actuelle associée à de possibles tensions sur le marché du travail (surtout aux USA) peut déboucher sur une hausse significative et durable des salaires. Ce serait une bonne nouvelle pour les salariés mais nous pourrions alors entrer dans une spirale inflationniste importante. Le risque est réel aux USA avec un plan de relance considérable et un marché du travail qui pourrait très vite retrouver le plein emploi. Plusieurs économistes se sont inquiétés de ce risque de surchauffe de l’économie américaine. En zone euro, les tensions sont potentiellement moins fortes avec des coûts unitaires du travail qui pourraient rester sous contrôle (voire légèrement baisser en 2022 et 2023) sous l’effet du rebond de la productivité du travail.

Au final, le scénario central est le suivant : une hausse progressive de l’IPCH au cours des prochains trimestres. Un risque de dérapage incontrôlé des prix demeure à ce stade improbable.

En tout état de cause, les Banques centrales ont les clés en main. Après avoir mené des politiques monétaires plus qu’accommodantes, elles disposent des marges de manœuvre nécessaires pour contrôler les choses en pilotant une hausse progressive des taux d’intérêts. On peut raisonnablement penser que la période des taux d’intérêts négatifs est derrière nous ce qui est plutôt une bonne nouvelle.