Prix du pétrole : les 3 principales questions.

Je vous propose un texte concernant l’évolution des prix du pétrole articulé autour de 3 questions.

1/ Peut-on prévoir l’évolution des prix ?

Prévoir l’évolution des prix des matières premières en général et du pétrole en particulier est un exercice très difficile et aléatoire. La récente et violente chute des prix (de 110 dollars à 30 dollars en 20 mois) en est l’illustration. Personne n’avait prévu un tel effondrement. De la même façon, en juillet 2008 les prix du baril avaient dépassé les 145$ et, au même moment, une banque américaine publiait ses prévisions sur l’évolution des prix de l’or noir. Son verdict ? Le prix du baril devait dépasser les 200$ fin 2008. Fin 2008 (6 mois après avoir touché son plus haut), le baril se débattait péniblement autour des 50$. En remontant un peu plus le temps, on peut tomber sur des prévisions encore plus étonnantes. C’est le cas de cette prévision établie en 2005 par deux économistes bien connus : 380 dollars le baril en 2015. Comme indiqué précédemment, le pétrole se situait fin 2015 à 30$ le baril et non à 380$. Toujours, plus loin et toujours plus fort : en 1972, le jeune économiste de 29 ans Denis Meadows publie un rapport intitulé « Halte à la croissance ? ». Ce rapport publié juste avant le 1er choc pétrolier par le Club de Rome fit grand bruit à l’époque en annonçant l’épuisement total des réserves mondiales de pétrole en 20 ans. Bien vu.

Inutile de multiplier les exemples : faire des prévisions dans ce domaine est très aléatoire. Pour autant, il n’est pas inintéressant d’essayer de comprendre les différents cycles dans l’évolution des prix afin de voir si l’actuelle chute des prix a un caractère structurel ou cyclique.

2/ Chute des prix : structurelle ou cyclique ?

L’analyse des périodes de fortes hausses des prix des matières premières et du pétrole permet d’identifier 4 super-cycles (longues périodes de plus de 20 ans). Le premier super-cycle (de la 2ème moitié du 19ème siècle au début du 20ème) a été porté par le développement industriel des USA. Le deuxième a accompagné la reconstruction de l’Europe à la sortie de la seconde guerre mondiale. Le troisième a été porté par le choc pétrolier des années 70. Enfin, le dernier a été soutenu par la Chine. Son industrialisation accélérée qui a suivi son adhésion à l’OMC au début des années 2000 a fortement tiré la demande mondiale de pétrole. Entre 2000 et 2014, la consommation mondiale d’énergie a augmenté de 38%, la Chine représentant à elle seule 55% de cette hausse. Plus frappant encore : sur cette même période, la consommation d’énergie par tête a triplé en Chine alors qu’elle baissait de 2% dans le reste du monde. Malgré cette hausse, la consommation énergétique par tête en Chine n’atteint que la moitié des pays de l’OCDE. Au bout du compte, toutes les analyses économétriques (Radetzk ou Farooki) montrent le lien puissant entre le niveau de la demande et les prix. C’est très classique en économie. La chute des prix actuelle a deux moteurs : un ralentissement de la demande chinoise et une offre de pétrole très abondante. Tout laisse penser que la croissance chinoise va ralentir au cours de prochaines années et L’empire du Milieu ne jouera plus le même rôle dans l’évolution de la demande de pétrole. L'Inde ne remplacera pas la Chine dans ce domaine, son économie étant plus portée vers les services. L’Afrique pourrait à moyen terme prendre le relais mais ce sera plus long et moins spectaculaire car le développement ne fera pas de façon homogène sur tout le continent. Concernant l’offre de pétrole les choses sont très simples : les USA sont devenus le premier pays producteur de pétrole au monde devant l’Arabie saoudite (11,6 mn b/j vs 11,5 en 2014). La production de pétrole américain a augmenté de plus de 70% entre 2006 et 2014 portée par le pétrole non conventionnel. Par ailleurs, et malgré la baisse des prix, l’OPEP a décidé d’augmenter son objectif de production de 1,5 million b/j…Décision surprenante. Par ailleurs, les capacités de production non utilisées sont considérables dans des pays aujourd’hui en guerre comme l’Irak, la Syrie et la Libye. Ajoutons le retour de l’Iran sur la scène internationale et nous voyons bien que le monde croule sous l’or noir. Avec tous ces éléments, on peut dire sans prendre trop de risques que la remontée significative des prix n’est pas d’actualité. Notons quand même que l’justement de l’offre à ces prix bas a commencé : 68 grands projets pour un montant total de 380 milliards ont été décalés ou tout simplement annulés selon une estimation de Wood Mackenzie. Simplement, les effets sur la production totale seront longs à se faire sentir.

3/ Chute des prix : bonne ou mauvaise nouvelle ?

Cela dépend évidemment des pays. Pour les pays importateurs de pétrole comme la France, c’est une très bonne nouvelle. La baisse des prix des carburants est une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat des ménages mais aussi pour les marges des entreprises. Pour les pays exportateurs de pétrole, le choc est brutal. Leurs monnaies sont malmenées et leurs comptes publics se dégradent très vite. L’exemple de l’Arabie saoudite est particulièrement éclairant : le déficit public sera passé de 2,3% du PIB en 2014 à…16,7% en 2016. Sur la même période, la dette publique aura bondi de 1,6% du PIB à 14%. Bon l’Arabie saoudite a les moyens de faire face à ce choc mais ce n’est pas le cas de tous les pays et je ne parle pas du cas ridicule du Venezuela ruiné par près de 20 ans de politique absurde. Un autre risque existe et concerne la vague de défaillances attendue du côté des compagnies pétrolières américaines. En effet, le secteur bancaire américain s’attend à voir monter les défaillances et les impayés dans le secteur pétrolier. Ce sont les banques régionales qui sont les plus exposées. Le risque est moins élevé pour les grandes banques américaines (moins de 5% des encours). Globalement, les régulateurs ont évalué les encours à risque à 35 milliards de dollars.

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